(Saint) Bernard de Clairvaux à Ostin

01/01/2012

Parmi les Passagers des siècles d’Ostin, Bernard de Clairvaux occupe la première place chronologique des personnalités qui ont fait les riches heures d’Ostin. Il fut, à ce titre, à la fois le héros et le héraut majeur de la 2e Croisade dont il assurait la promotion en 1147. Le pape Eugène III ayant trouvé à se loger au château de Dhuy, Bernard de Clairvaux, dans sa suite, séjourna juste à côté, au prieuré d’Ostin.

Bernard de Clairvaux, 1090-1153, avait déjà précédemment séjourné à l’abbaye de Villers-la-Ville qu’il avait fondée et consacrée en 1146. En ce début de 1147, dit Geoffroy d’Auxerre son historiographe et compagnon de voyage, Bernard le grand apôtre de la nouvelle croisade, venant d’Allemagne et se dirigeant de Huy vers Gembloux trouva à s’héberger à Ostin, un prieuré relevant de l’abbaye de Villers-en-Brabant, aujourd’hui Villers-la-Ville. Dans les nombreuses propriétés que l’abbaye comptait dans le namurois, Ostin faisait partie du groupe Sud. Ces censes monacales étaient dirigées par un grangerius, une sorte de moine convers supérieur et portaient le nom de granges ou grangies. (1)

A la suite de Robert de Molesme, fondateur de l’ordre de Citeaux en 1098, Etienne Harding repris la direction de cette abbaye mère en 1109. Le moine Bernard y entreprit alors la réforme de l’ordre cistercien, décriant les fastes de Cluny et les enluminures des copistes à qui il recommandait plus de sobriété. Le futur saint homme poursuivait le dessein de ramener les moines bénédictins dans la règle du travail manuel en durcissant les exigences de la vie spirituelle. Il n’avait eu de cesse de vouloir soustraire les religieux et leurs administrés aux si nombreuses tentations temporelles : pauvreté, silence et prière devaient être la règle pour tous.
Les premiers inquisiteurs et leurs milices omnipotentes n’allaient pas tarder à apparaître à la fin du XIIe siècle et conduire le monde chrétien par des jugements d’opinions dépourvus de la plus élémentaire liberté de conscience. Animé d’une foi à tout épreuve, le moine Bernard, fort en voix, prêchant urbi et orbi jusqu’à l’épuisement, avait l’oreille du pape Eugène III, un pape que l’abbaye de Clairvaux avait donné à Rome et que le prédicateur conseillait, d’autant plus en verve qu’il avait été chargé de l’organisation de cette croisade. Il avait conçu l’épopée qui était coiffée de cette mission divine de libérer le tombeau du Christ. La puissance politique et économique des monastères était alors à leur apogée. Mais peu de gens revinrent de l’aventure du Moyen Orient, les moines-soldats n’ayant pu empêcher le fiasco, diront les historiens, à l’unisson. (2)
Evitant la disgrâce, Bernard de Clairvaux, en arbitre de la chrétienté, défendit les Juifs qu’il mit sous sa protection, déclarant qu’il valait mieux convertir par la persuasion, laissant à d’autres, et pour trois siècles d’Inquisition, la conversion violente par la soumission à la question (par l’eau, le feu et la poutre).

L’abbé Bernard se préoccupait également des arts auxquels il étendit les principes de discipline sévère de la vie monacale. Cette révolution cistercienne lui fit ainsi revoir, selon sa ligne de vie ascétique, la décoration architecturale des églises et des nombreux monastères qu’il n’avait cessé de créer (69 abbayes et 98 maisons-filles dans toute l’Europe, de la Norvège au Portugal et de la Haute-Ecosse à l’Italie méridionale) jusqu’aux mélodies liturgiques. Il fit dépouiller les unes et les autres créations de toutes surcharges et fioritures gratuites, bannissant les œuvres visuelles aussi talentueuses qu’elles fussent au motif que les formes étaient de nature trop distrayantes de la spiritualité et ne conservant en musique que l’épure mélodique la plus simple, à la limite du dessèchement. Monastères, couvents, églises (dont Villers-la-Ville, l’abbaye des Dunes au littoral de la Mer du Nord, Loos en Flandre et Orval) devaient ainsi être exclusivement réservés à la prière et à l’approfondissement des questions spirituelles.  Bernard de Clairvaux cultivant le paradoxe prônait encore, à l’inverse d’Abélard, de ne pas partager les savoirs. (3)

Il laissa sur la musique de son temps et dans l’histoire de la musique une empreinte durable. Divers écrits musicaux retiennent l’attention, notamment ceux sur le plain-chant : des lettres et des opuscules, dont un traité sur les 8 tons, Tonale, ont été traduits en français.

Bernard de Clairvaux fut canonisé en 1174 et fait Docteur de l’Eglise en 1860.

En 1998, une exposition commémorative à Villers-la-Ville soulignait les rapports épistolaires qu’il eut avec Hildegarde von Bingen, une musicienne, compositrice Allemande, et esprit parmi les plus éclairés et novateurs de ce XIIe siècle, une artiste qu’il avait assurée de sa protection tout en favorisant la diffusion de ses œuvres. Un siècle effervescent à bien des égards. (4)

H.B.

1. Eugène del Marmol, Le village d’Ostin. Annales de la Société archéologique de Namur. 1855-1856. Tome 4. pp. 243 à 246.
2. Pierre Riché, Petite vie de saint Bernard. Desclée de Brouwer. 1996.
3. R. Bonheur, Saint Bernard. Dictionnaire biographique. Imago Mundi. 2011.
4. Michel Debrocq, Hildegarde von Bingen, compositrice et visionnaire. Le Soir, 9 septembre 1998.

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Edouard Mertens, une tradition de pédagogie à Ostin

20/10/2011

En automne 1984, pendant les premiers travaux de restauration et d’adaptation d’Ostin entrepris à dessein d’accueillir les vacanciers-musiciens en stages d’été, on se mit également en quête de retrouver “les passagers des siècles” qui occupèrent ces lieux et d’en dresser l’historique. On apprit rapidement qu’au tournant de la moitié du XIXe siècle, Ostin fut le siège d’une institution pédagogique destinée au perfectionnement aux  métiers de l’agriculture et de l’horticulture. Cette école fut dirigée de 1849 à 1855 par le propriétaire des lieux, le baron Edouard Mertens, qui tenait ces biens de sa mère, la dame veuve Louis-Joseph Mertens, née Krüger, qui les avait acquis, elle, précédemment, d’Alexandrine de Brunet. Elle-même en était devenue propriétaire par une vente publique à Namur, en juillet 1825.

Une famine importante avait déferlé sur l’Europe de 1845 à 1847. Cette disette avait provoqué dans nos contrées une crise économique profonde. Le gouvernement du jeune Etat de la Belgique, dès 1849,  soucieux de répondre aux graves problèmes d’approvisionnement alimentaire, avait décidé de créer à travers le territoire national pas moins de treize fermes-écoles (1) avec l’espoir d’améliorer rapidement les rendements des terres cultivées.  Cependant, ces efforts et les subsides alloués par la suite entre 1855 et 1860, furent limités aux institutions de Nivelles et Lierre et finalement, en Wallonie, par la loi du 18 juillet 1860, une seule institution d’enseignement supérieur allait subsister et bénéficier de l’aide publique. Celle-ci fut dès lors concentrée sur Gembloux où naquit, en 1861, la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de cette ville.

Le baron Edouard Mertens ferma son école en mars 1855, vendit son domaine et le contenu de celui-ci à la famille t’Sterstevens qui s’en porta acquéreur à la vente publique du 3 juillet 1855. L’affiche de cette vente apprend par le détail, que le domaine était constitué de 203 ha de bonnes terres de culture. 25 ha arborés des espèces les plus choisies, séculaires, étaient réservés au parc de plaisance entourant le corps de logis du château en ce inclus l’étang artificiel creusé au Nord-Ouest des bâtisses au tout début du XVIIIe siècle. Les briques ainsi confectionnées sur place avec l’argile puisé dans l’étang avaient servi en 1714  à Charles-Joseph Marotte de Montigny, à reconstruire quasi complètement le château et la plupart des dépendances de celui-ci.

Ces écoles expérimentales, créées suite à l’appel du Ministre de l’Intérieur Charles Rogier en 1847, avaient reçu la mission de décupler les ressources et les forces de la production agricole au moyen d’un enseignement spécial à la fois théorique et pratique (2). On y dispensait encore des cours de science vétérinaire. L’ensemble des écoles disposaient pour la réalisation de cet objectif d’un crédit d’un million de francs, ce qui représentait un budget considérable pour l’époque.

Great exhibition of the works of industry of all nations, Henry Courtney Selous

La reine Victoria à la cérémonie d’ouverture de la "Great exhibition of the works of industry of all nations", au Crystal Palace de Londres, le 1er mai 1851.

Le site d’Ostin fut choisi par le ministère de l’Intérieur, en raison des vastes connaissances en agriculture du baron Mertens. Le C.V. de l’impétrant, dirions-nous aujourd’hui, autant que les grandes capacités d’accueil de son entreprise agricole et d’élevage avaient plaidé en sa faveur. Il est vrai qu’Edouard Mertens avait rapporté de ses voyages aux quatre coins de l’Europe et d’ailleurs (3), autant qu’au retour de ses multiples participations aux expositions agrico-horticoles, diplômes et médailles qui avaient achevé de consacrer le jeune récipiendaire, alors âgé de 36 ans, comme un des spécialistes de l’agriculture moderne. Sa participation au jury de l’Exposition internationale de Londres de 1851 s’ajouta aux lauriers déjà récoltés. Il exposait aussi volontiers, parmi les fleurs et les plantes irrésistibles (4) (sic) obtenues dans les serres chauffées d’Ostin, des pêches blanches à nulle autre pareilles. Une toile de l’époque le montre le visage carré, favoris fournis sur jabot blanc, un peu perdu dans ses pensées, et entouré d’un groupe de notables et de membres de jurys de concours dont il faisait partie, à l’ouverture de l’exposition internationale industrielle à Londres (5).

Son action née et poursuivie à Ostin avec les deniers de l’Etat s’était parfaitement inscrite dans la mutation de la nouvelle agriculture jusque-là artisanale, se transformant en une agriculture mécanisée et à laquelle ne tardera pas de succéder l’industrialisation déjà triomphante dans les autres secteurs de production. Il caressait le projet, depuis 1853, d’équiper son entreprise de machines à vapeur dans le but de remplacer les chevaux.

Edouard Mertens eut recours à diverses mesures en vue d’atteindre les objectifs fixés par le Ministre et ses services. Les plus novatrices furent l’utilisation des (nouvelles) machines qu’il fut le premier à importer en Belgique -dès 1846- et qu’il modifiait à dessein de les rendre plus performantes encore (6). Parmi ces machines importées la charrue Dombasle et la moissonneuse Mc Cormick furent deux instruments que l’atelier du forgeron Wilmart de Champion modifia à la demande du baron Mertens avant de les distribuer sous le label d’Ostin aux autres entreprises agricoles de la région.

Simultanément il luttait contre les résurgences et les fonds humides en plantant des haies-rideaux de peupliers, dont les racines, véritables éponges, s’étendent jusqu’à quinze mètres de part et d’autre du tronc. Il avait encore le souci de préserver de la verse provoquée par les pluies drues et les vents d’orages dits de la Saint-Laurent, les cultures de céréales en morcelant les champs de haies-coupe-vents, à la manière des bocages normands ou du pays de Herve, présentant comme une mosaïque rythmée de haies de pruneliers et d’aubépines d’un mètre à 1,40 m de haut (7). Enfin, il ne cessa, déjà bien avant la subsidiation de son école expérimentale, d’améliorer la pénétration dans le sol des eaux pluviales et de leur écoulement par l’enfouissement de drains dans les champs, à 1 m voire 1,20 m de profondeur. Ces drains en terre cuite poreuse étaient fabriqués sur place à l’aide de machines et de divers outillages à “rigoler” importés d’Angleterre, destinés au creusement des profondes rigoles. On en fabriqua bientôt à Andenne, ensuite dans toute la Hesbaye et cette fabrication, dont il fut l’initiateur, se poursuivra dans le Hainaut.

Les résultats obtenus, aussi à la hauteur des attentes que des investissements consentis, constituèrent un progrès majeur malgré certaines récriminations émanant de la main d’œuvre de journaliers: “ces machines nous enlèvent le pain de la bouche” -prindre le pwin d’nos ôtes-, entendit-on dans les milieux saisonniers de Dhuy et de Warisoulx. On n’était pas plus prophète en son pays à cette époque qui connut tant d’innovations déterminantes en matière de productions alimentaires considérées selon des critères tant de qualité que de quantité. Car, par exemple, des drains conçus et fabriqués à Ostin à cette époque, sont encore en fonction aujourd’hui dans le plateau de haute-Hesbaye, entre Gembloux et Eghezée. Le parc et le potager d’Ostin furent également drainés. On allait vivre en Hesbaye, pendant près de cent ans, comme un âge d’or de l’agriculture avant les avènements de l’ère agricole chimique et de l’agriculture génétique.

Edouard Mertens avait décrit la technique du drainage des terres humides et consigné les résultats obtenus dans un ouvrage édité déjà en 1849 (8) qui fit rapidement autorité dans le pays et au delà même de nos frontières puisqu’il fut réédité à Tarbes, en 1861, sous le titre De l’avenir de l’agriculture en France.

Ce brillant esprit parmi les plus éclairés de son temps et de son domaine avait encore consacré “un champ d’expériences”, situé immédiatement devant l’entrée de l’école, à l’emplacement même d’un hangar à bovins construit en béton au début des années 1990. Le chercheur y procédait à des essais de cultures et sacrifiait volontiers à sa passion des plantes et des fleurs les plus rares en obtenant des cultures aussi variées que les choux branchus, les topinambours, le Ray grass italien, huit maïs américains différents, lesquels furent exposés à Londres en 1851, des séradelles, des panais, des camelines, différentes sortes de fétuques, des pimprenelles, etc. au total pas moins de 37 variétés de plants étaient testés dans ce champ d’expériences, dans les serres, à droite et à gauche du colombier et dans le jardin-potager du château où venaient encore les meilleurs plants des tabacs turcs et même de La Havane. Qu’on vivait bien à Ostin en ces temps-là !

L’amélioration du cheptel d’Ostin mobilisait également Edouard Mertens : toujours d’Angleterre, il importa taureaux et béliers, chevaux de labour, bêtes à cornes et à laines en même temps que graines et semences…

Cependant et malgré les rapports, entre tous les plus favorables, faits au Parlement (6) par les inspecteurs du ministère, consignant l’atteinte des objectifs fixés, décrivant les bonnes conditions d’accueil des élèves et de vie dans l’institution, le baron Mertens faute de recevoir l’aide précédente, renonça à Ostin et se consacra à ses recherches agricoles dans le sud de la France. De Marseille où il résidait, il aurait dirigé des cultures jusqu’en Algérie où elles furent complètement dévastées par une invasion de sauterelles, deux ans à peine après le début de ses nouvelles plantations.
A Marseille, il vécut en famille jusqu’à son décès en 1867, entouré de ses six enfants dont Fernande (9), artiste-peintre formée à l’Académie des Beaux Arts de cette ville, qui fit un portrait de caractère de sa mère, Madame Edouard de Mertens d’Ostin, née Sophie Woelfing le 6 juillet 1820.

Hugues BOUCHER, octobre 2011,
d’après la documentation de Sabine Schoonjans.

(1) Thorout, Oostacker, Oudenbourg, Gand, Vilvorde, Rollé, Haine Saint-Pierre, Leuze (en Hainaut), Attert, Tirlemont, Chimay, Verviers et Ostin.
(2) in Annuaire de l’Agriculture belge pour 1850. Bruxelles, 1850. p. 166.
(3) Edouard Mertens avait été élevé en Angleterre et avait passé sa jeunesse à voyager dans l’Europe entière, et quatre ans en Nubie, en Egypte et aux Indes orientales…
(4) “Figuier, pandanus, dracænia, ficus, araucaria, astrocarium, caladium, bananier, cycadées et autres plantes irrésistibles”… in Charles MORREN, La Belgique horticole, Journal des Jardins, des serres et des vergers.  Tome 5. Liège, 1855. Les pêches blanches de la grande serre furent distinguées à l’Exposition horticole et agricole de Bruxelles, en 1847.
(5) Un tableau du peintre londonien Henry Courtney Selous (1803-1890) montre Edouard Mertens parmi les dignitaires et la Cour d’Angleterre entourant la reine Victoria à la cérémonie d’ouverture de la Great exhibition of the works of industry of all nations, au Crystal Palace de Londres, le 1er mai 1851.
(6) ” Les hangars de l’école avec ses (41) machines acquises à grand frais ressemblaient à un musée agricole”, a dit l’inspecteur Eugène BIDAUT. In Recueil des pièces imprimées par ordre de la Chambre des Représentants, Bruxelles, session 1850-1851, Inspection des écoles d’agriculture, n° 5, p. 12.
(7) Léopold Genicot . Racines d’espérances, 20 siècles en Wallonie. Didier Hatier, Bruxelles, 1986. Lithographie  d’Edwin Toovey (1826-1906), Ferme-école d’agriculture du Baron Edouard Mertens, extrait de La Belgique industrielle en 1850: vue des établissements industriels de la Belgique, Jules Géruzet, Bruxelles, 1852.
(8) Edouard Mertens. Faits et observations sur l’utilité du drainage perfectionné. Vanderauwera. Bruxelles, 1849.
(9) Fernande de Mertens. Née à Bruxelles en 1850, décédée à Marseille en 1924. Ce portrait est conservé dans les collections du Musée des Beaux Arts de Marseille.

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Lire en atelier d’écriture?

01/07/2011

Est-ce vraiment une nécessité ?

On pourrait, à première vue, faire l’économie du temps qui y est dévolu, et, très utilement consacrer cette plage horaire gagnée à produire davantage de texte puisque c’est, là, la vocation de ces ateliers.

Et pourtant, en revoyant le déroulé de cette pratique de la lecture des textes écrits en séances d’atelier (toujours libre dans ceux que j’ai animés), on s’aperçoit qu’en début de stage d’une durée de 2 ou de 3 jours, la prise de parole se fait assez rare puis vient s’étoffer au fur et à mesure de l’avancement de la première journée. En seconde journée, tout le monde, moins l’un ou l’autre « muet », veut montrer sa trouvaille, faire entendre sa réponse à la consigne de la séquence, confronter son problème à celui du voisin, dire sa résolution du problème posé… Il convient dès lors de contenir les lectures et d’appeler à chacune des séquences deux voire trois volontaires-choisis-au-hasard et à tour de rôle afin de ménager le temps réservé à l’écrit et à la créativité. Car la plupart de ces écrits doivent être dits et « dits tout haut ». Apparaissent alors entre les mots et entre les lignes des subtilités accidentelles, involontaires, trahissant valeurs et significations insoupçonnées, comme un miroir renverrait, selon sa texture et son tain, non plus une réalité mais bien des images autres de cette réalité. Ce sont bien entendu ces « réalités traduites, voilées, détournées », qui nous retiennent avant tout, la copie servile de la nature n’intéressant déjà plus Baudelaire comme on le sait depuis le tournant de la moitié du XIXe siècle.

Donc de la lecture, mais point trop s’en faut et en revanche veiller surtout à rester dans la finalité annoncée, soit ici celle d’un atelier qui se propose d’apprendre… sans se répandre.

Un jour donc, dans une séquence consacrée à l’art de dresser le portrait des héros, on avait crû bon de faire portraiturer son voisin d’en face : « c’est pour estomper l’angoisse de la page blanche », avait-on prévenu, au besoin en ayant recours à un vieux stratagème de manipulation, celui de permettre de tremper sa plume dans l’encre vitriolée, et toujours bien sûr à dessein de désamorcer d’autres inhibitions. C’est le contraire qui arriva : personne n’avait décrit son héros malgré la répétition des tours de table par des paires d’yeux pourtant bien scrutateurs. Les regards furent coulés, obliques, anxieux, devinrent suspicieux. Surtout à l’égard de l’animateur… rien n’y fit, aucun regard de feu, l’encre se vitriola d’autant moins que le froid un peu glauque des visages restés fermés ressemblait de plus en plus à celui des profondeurs abyssales: nul regard salvateur ne venant réveiller les consciences. On se résolut donc au constat à la fois de l’anesthésie émotionnelle et du vide des indices factuels à distiller habituellement aux lecteurs en vue de les mettre à la croisée du chemin du meurtrier. La séquence sombra: pas de héros ce matin-là pour les nouvelles (policières) cependant prometteuses! On recommanda encore aux écriveurs de changer les prénoms des voisins-modèles, « garder ses amis en toutes circonstances », et reprendre la séquence en vue d’obtenir cet accent d’acidité attendu dans la description physique des héros lesquels ne partageaient toujours pas leurs potentialités meurtrières. Le soufflé n’avait pas gonflé, la surprise demeurait évanescente… le temps passa, on se réfugia dans l’épaisseur psychologique des caractères. On fit ensuite l’impasse sur le portrait sociétal du héros lequel resta, au final, dans les porte-plumes comme les meilleures idées, avortées, restent moisies dans les cartons! La question du portrait physique fut réaménagée, le lendemain, et remise sur le métier avec davantage de succès, en raccourcissant toutefois le temps dévolu au brainstorming destiné à trouver titres et intitulés des chapitres…

Soulignons encore pour conclure cette évocation que les meilleurs résultats, exprimés en terme de noircissement de papier, proviennent davantage d’une bonne préparation des conditions de travail par le facilitateur plutôt que de la stricte observance de consignes dont il me paraît plus profitable d’en polir la rigueur drastique en peaufinant des incipits, par exemple, à chaque séquence comme le signe d’un souci premier, celui de transmettre… sans soumettre.

Hugues BOUCHER. Ostin, juin 2011.

Ateliers de l’écrit annuels (2 ou 3 jours) : Ecriture futile, écriture utile & A la (bonne) page.

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La Grande allée d’Ostin, une issue royale.

01/04/2011

En arrivant aux Vacances Musicales, par l’autoroute E 411, on emprunte, à gauche de la route N 934 Perwez-Namur, la drève privée d’Ostin qui développe sur 540 m ses essences variées d’arbres dont des hêtres pourpres, des tilleuls, des ormes, des peupliers…

Les cartes militaires nous apprennent que la dite allée se trouve aux coordonnées exprimées en valeurs décimales à la latitude: 50.549°N  et à la longitude: 4.8477°E ou exprimées en degrés, minutes, secondes à la latitude: 50° 32′ 56.40″ et à la longitude: 4° 50′ 51.72″. Sur l’autoroute E 411 en direction de Namur et du Luxembourg, l’entrée du domaine d’Ostin se trouve à la hauteur du km 50, point de départ du carrefour Léonard, immédiatement après l’aire de repos “Ostin”, sur la droite soit en regardant vers le Sud… Mais vous êtes déjà trop loin, il fallait sortir plus tôt, donc prendre la sortie n°12 à droite puis deux fois à gauche !

Cette drève était jadis appelée Drève ou Allée des 30 bonniers (1). Elle fut également dénommée Avenue d’Ostin ou Avenue des 30 bonniers. Chemin public jusqu’en 1843, elle reliait au village de Dhuy, le hameau “Pomme vache” (aujourd’hui “Pommelée-vache”) et plus loin l’ancienne commanderie de Templiers du lieu-dit “La Bruyère”. Cette commanderie donna, en 1977, son nom à la nouvelle entité des communes fusionnées.

La carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens levée à l’initiative du comte Ferraris, entre 1771 et 1778, reprend assez approximativement la drève qui se prolongeait vers Saint-Denis par la “rue Pomme vache”, et qui la continuait.

L’ancien parc, jusqu’en 1843 était agrémenté d’un réseau de chemins de promenade dont seul le chemin 15 était accessible au public. Celui-ci quittait le bout de l’allée des 30 bonniers , obliquant vers la droite et formait une boucle à l’approche du “T” des 2 rues d’Ostin. Le croquis ci-contre date de 1843 (?) certainement de 1855 puisqu’il fut affiché à la vente publique de 1855.

La commune de Warisoulx en avait la charge d’entretien et souhaitait privatiser la voie publique passant devant l’entrée du château. A la suite d’une procédure administrative (2), la commune de Warisoulx allait céder au baron Edouard Mertens, le nouveau propriétaire du domaine d’Ostin, le chemin public “Drève des 30 bonniers”. L’échange avec une nouvelle voie créée sur les terres de son domaine, au nouveau nom de “Rue d’Ostin”, eut lieu par l’office du notaire Doucet dont l’étude sise à Leuze, près de Longchamps, non loin d’Eghezée, avait établi en date du 27 octobre 1843, l’acte de transfert de propriété par vente-échange. L’acte stipulait que “(…) l’acquéreur disposait dudit chemin, quitte et libre d’hypothèque et de charges (…)” . Cet acte de vente-échange prévoyait en outre le payement en numéraire par le baron Mertens, du surplus de valeur de l’allée. (3)

L’arrêté royal du 13 juillet 1843 (2) avait, quelques mois plus tôt, déjà achevé, irréfutablement, de consacrer la mutation de la drève d’Ostin, selon la volonté du collège des bourgmestre et échevins, reportant de facto et non suspecto la vicinalité sur la nouvelle voie carrossable.

Des haies-rideau de peupliers furent plantées de chaque côté de la nouvelle rue, dans l’esprit et la continuité des recommandations du jeune Etat de Belgique alors en recherche de réponses à apporter à la disette sévissant en Belgique et sur l’Europe entière d’ailleurs. Le baron Edouard Mertens s’investissait à cette époque dans l’amélioration des rendements agricoles en drainant ses terres et en plantant ces rideaux de peupliers, coupe-vent et véritables éponges des fonds humides. Des haies d’aubépines morcelant les champs venaient rythmer le paysage à la façon des bocages normands ou ceux du pays de Herve.

D’autres écritures allaient également entériner la privatisation de l’allée dont un plan d’arpentage qui est joint au dossier de Mutation et conservé aux archives du Cadastre de Namur (5). Sa vicinalité transférée, la drève d’Ostin fut donc désaffectée, sans réserve, et sans qu’une servitude, ni passive, ni inconnue, ne vînt grever le bien resté vierge de toute aliénation quelconque.

Cette transposition synallagmatique, irréfragable, est encore attestée par l’enregistrement au Cadastre de la mutation du chemin, de son assiette et de sa vicinalité attachée. En langage du droit, l’opération opposable au tiers, ne souffre aucune interprétation. Ce devoir administratif attesta et renforça, si besoin en était encore, le caractère définitif et complet de la privatisation, objet de l’acte relevant d’un arrêté royal visé par S.M. Léopold Ier.

L’Atlas des chemins vicinaux de Warisoulx, approuvé par la Députation permanente reprenait, déjà en 1845 et irréversiblement, la construction du nouveau chemin public appelé “chemin vicinal n°12 bis” (5). La nouvelle “Rue d’Ostin” menait alors calèches et autres usagers au village de Dhuy, comme le précédent, mais en passant cette fois par le lieu-dit “carrefour d’Ostin” à Dhuy, là ou se situe le premier arrêt de bus de la ligne n° 2, en venant de la gare de Namur vers Perwez. Cet arrêt est situé actuellement à environ 800 m du château d’Ostin.(6)

En haut : le village de Dhuy. Entre Dhuy et le bois d’Ostin, l’autoroute E 411 édifiée en 1972. En bas : le début de la rue Pommelée- vache. A g. La drève d’Ostin ou des 30 bonniers. A droite : la Rue d’Ostin créée en vue de l’échange-vente de 1843. Photo Airprint, 1984.

L’allée privatisée fut fermée au public pendant plus de 140 ans.

Son accès, occasionnel et sous conditions, fut accordé en 1984 aux promeneurs, cyclistes et aux cavaliers, ponctuellement, gratuitement et de façon la plus précaire qui soit. En effet, en cas de manquement à la bienséance, il est aussi accordé aux visiteurs indélicats le droit de se retirer, à la première injonction faite par le propriétaire des lieux, de ses ayant-droit et ayants cause (de son chargé de mission, au besoin du service de sécurité attaché à l’institution exploitante du site. La sécurité des jeunes personnes hébergées au château est liée à cette disposition, laquelle relève d’ailleurs de la libre disposition d’un bien propre. Les familles des stagiaires attendent légitimement que le C.R.E.E.F. l’organisateur des stages, leur assure la sécurité la plus élémentaire quant à tous points de vue, à l’occasion de l’hébergement de leurs enfants en stage à Ostin. Il n’est, par ailleurs, pas autorisé de prendre des vues des lieux (bâtisses, parc, jardin et occupants). Les promeneurs autorisés à se promener veilleront donc à ne pas stationner ni même s’arrêter devant les entrées du château de sorte à préserver autant la sécurité que la tranquillité des propriétaires et des locataires. Tant que durent les locations événementielles (séminaire, réunions, stages, concerts…) aucune autorisation n’est accordée aux promeneurs pendant la durée de la location ou de l’événement en cours, l’accès par l’allée étant alors strictement réservé aux clients qui l’ont louée. Les visiteurs circulent dans l’allée à leurs risques et périls. Les propriétaires autant que l’institution déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages aux personnes ou à leurs effets. Dans tous les cas, les visiteurs, même autorisés, s’obligeront en priorité à rouler à l’allure la plus modérée qu’il se peut : des enfants y roulent à vélo tout l’été, à toutes heures. Enfin, les visiteurs voudront bien encore céder le passage aux autres usagers légitimement prioritaires, à savoir les faisans, les buses qui s’en délectent, les rapaces nocturnes, oiseaux, chats et autres gibiers à poils ou à plumes, tels que chevreuils, oies et canards sauvages, de toutes espèces. Les sangliers bientôt… ? (cum grano salis). Les Vacanciers-Musiciens et leurs familles se signaleront très utilement en vue de ne pas être refoulés, sécurité de tous les instants nous y obligeant, avec vigilance.

Les GPS sont, en général, assez confus en cet endroit, confondant les deux rues éponymes situées à la limite séparative des deux communes. Ils se mélangent volontiers les antennes au moment de guider les visiteurs, renvoyant à Eghezée, ceux qui auraient dû rester à Villers-lez-Heest et vice versa. En cas de perdition dans la mer de betteraves des alentours de l’allée, les clients peuvent toujours lancer un S.O.S. au secrétariat de l’asbl gérante des lieux, à dessein d’être guidés et acheminés à bon port.

© Centre de Recherche, d’Etudes et de Formations & Hugues Boucher, 1er avril 2011. D’après les recherches et les notes de Sabine Schoonjans et de François Schoonjans.

L’Allée des 30 bonniers. Hiver 2010.

Derrière le poteau électrique, l’allée privatisée. A dr. de la photo, la rue d’Ostin bordée de peupliers également, créée en vue de la vente-échange de 1843.

Le quadrilatère du château. Photo Hugues Boucher, 1999.

Le parc. Photo H. B. 2009.

Débardage dans l’allée de têtes de peupliers par un cheval de trait. Photo H. B. 2007.

L’aire de parquage “Ostin” de l’autoroute E411. Vue Google Earth, 2009.

(1) Le bonnier, ou bonier : unité de mesure de surface, anciennement utilisée dans les Flandres et les régions avoisinantes (bunder en Hollandais). Sa valeur de surface était variable selon les régions et les villes. Cette valeur se situait dans une fourchette de 0,8 à 1,25 ha.

(2) La décision par le Conseil Communal en séance du 7 mai 1843 visant à céder l’assiette d’un chemin en vue de sa privatisation supposait une procédure longue en 9 étapes, assez semblables à celles qui prévaudraient aujourd’hui :
Il fallut un plan coté (lequel fut établi le 7 avril 1843 par un géomètre-arpenteur juré (nom et signature illisibles) établi à Meux. Référence du relevé: 296699), un cahier des charges avec conditions de l’échange projeté, un procès-verbal d’expertise des biens immeubles, le procès-verbal de l’enquête commodo et incommodo, (dans ce cas-ci, aucun riverain ne fit ni opposition, ni quelconque revendication, ni la moindre remarque ), l’avis de la Députation permanente lequel avis favorable fut émis sans réserve dans ce cas-ci, un arrêté faisant loi signé par le ministre de l’Intérieur, ici, M. J.-B. Nothomb, dont le secrétaire M. Ch. Soudain de Niederwerth le contresigna aux côtés du greffier de la Province de Namur, M. de Coppin. Cet arrêté royal fut pris en vertu de l’art. 76 n°1 de la loi du 30 mars 1836 et de l’art. 28 de la loi du 10 avril 1841 concernant les chemins vicinaux. (Cet arrêté royal fut signé le 13 juillet 1843 à Ostende par S.M. le roi Léopold 1er), un acte notarié et enfin l’enregistrement de l’acte d’échange-vente au Cadastre de Namur.

(3) Archives de l’Etat. Fonds Notariat 6221(1843).
Echange entre la Commune de Warisoulx, d’une part et le baron Edouard Mertens d’autre part du chemin vicinal appelé Drève d’Ostin, partant du château d’Ostin, se dirigeant vers Saint-Denis (…). Le baron Mertens indemnisa la commune en numéraire pour “la plus-value” de l’allée (1 ha 38 ares, 32 centiares, 00 milliares contre 55 ares, 83 centiares, 60 milliares). Cette grande précision de surface fait augurer des limites précises, mesurées et bornées, au moins à tous ses angles, de l’allée cédée. La largeur de la Drève des 30 bonniers devait par la suite être portée à 31 m de moyenne. et sa superficie cadastrale, de facto, être portée à 1 ha 79 ares, 00 ca. Des bornes furent replacées aux angles en 1975 par le géomètre-expert d’Eghezée, Willy Masson, (P.V. de bornage du 31 octobre 1975) après qu’elles aient disparu fin 1974. Elle eurent à nouveau des jambes à leur cou en 1985.

(4) Archives du Cadastre de Namur. Croquis d’arpentage n°207 et dossier de Mutation n°223 (1844).

(5) La rue d’Ostin (Villers-lez-Heest) et son “chemin 12 bis” d’un km de long aboutit à une autre rue d’Ostin formant “T” à la limite séparative des deux communes actuelles de La Bruyère (Villers-lez-Heest) d’une part et Eghezée (Dhuy) d’autre part.
Le n° 3 de la rue d’Ostin, se trouvant sur le territoire de Villers-lez-Heest, est l’ancienne entrée de service du château où aboutissait l’ancienne voie publique désaffectée en 1843. Les poternes entourant la grille datent probablement de cette époque. Elles furent érigées à la distance de 1 000 m, depuis les monuments de l’entrée de la drève (stèle du souvenir de l’Armée Secrète Zone IV et monument des Aviateurs U.S., respectivement placés à droite et à gauche de l’allée, en y entrant).

(6) Ostin, en ces temps-là relevait de la commune de Warisoulx. En 1887, la commune de Villers-lez-Heest se détacha de celle de Warisoulx. A la fusion des communes de 1977, cette (nouvelle) commune de Villers-lez-Heest fut réunie à la nouvelle entité élargie dénommée La Bruyère, laquelle a regroupé Warisoulx, Emines, Rhisnes, Saint-Denis, Bovesse et Meux.

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