La Grande allée d’Ostin, une issue royale.
En arrivant aux Vacances Musicales, par l’autoroute E 411, on emprunte, à gauche de la route N 934 Perwez-Namur, la drève privée d’Ostin qui développe sur 540 m ses essences variées d’arbres dont des hêtres pourpres, des tilleuls, des ormes, des peupliers…
Les cartes militaires nous apprennent que la dite allée se trouve aux coordonnées exprimées en valeurs décimales à la latitude: 50.549°N et à la longitude: 4.8477°E ou exprimées en degrés, minutes, secondes à la latitude: 50° 32′ 56.40″ et à la longitude: 4° 50′ 51.72″. Sur l’autoroute E 411 en direction de Namur et du Luxembourg, l’entrée du domaine d’Ostin se trouve à la hauteur du km 50, point de départ du carrefour Léonard, immédiatement après l’aire de repos “Ostin”, sur la droite soit en regardant vers le Sud… Mais vous êtes déjà trop loin, il fallait sortir plus tôt, donc prendre la sortie n°12 à droite puis deux fois à gauche !
Cette drève était jadis appelée Drève ou Allée des 30 bonniers (1). Elle fut également dénommée Avenue d’Ostin ou Avenue des 30 bonniers. Chemin public jusqu’en 1843, elle reliait au village de Dhuy, le hameau “Pomme vache” (aujourd’hui “Pommelée-vache”) et plus loin l’ancienne commanderie de Templiers du lieu-dit “La Bruyère”. Cette commanderie donna, en 1977, son nom à la nouvelle entité des communes fusionnées.
La carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens levée à l’initiative du comte Ferraris, entre 1771 et 1778, reprend assez approximativement la drève qui se prolongeait vers Saint-Denis par la “rue Pomme vache”, et qui la continuait.

- L’ancien parc, jusqu’en 1843 était agrémenté d’un réseau de chemins de promenade dont seul le chemin 15 était accessible au public. Celui-ci quittait le bout de l’allée des 30 bonniers , obliquant vers la droite et formait une boucle à l’approche du “T” des 2 rues d’Ostin. Le croquis ci-contre date de 1843 (?) certainement de 1855 puisqu’il fut affiché à la vente publique de 1855.
La commune de Warisoulx en avait la charge d’entretien et souhaitait privatiser la voie publique passant devant l’entrée du château. A la suite d’une procédure administrative (2), la commune de Warisoulx allait céder au baron Edouard Mertens, le nouveau propriétaire du domaine d’Ostin, le chemin public “Drève des 30 bonniers”. L’échange avec une nouvelle voie créée sur les terres de son domaine, au nouveau nom de “Rue d’Ostin”, eut lieu par l’office du notaire Doucet dont l’étude sise à Leuze, près de Longchamps, non loin d’Eghezée, avait établi en date du 27 octobre 1843, l’acte de transfert de propriété par vente-échange. L’acte stipulait que “(…) l’acquéreur disposait dudit chemin, quitte et libre d’hypothèque et de charges (…)” . Cet acte de vente-échange prévoyait en outre le payement en numéraire par le baron Mertens, du surplus de valeur de l’allée. (3)
L’arrêté royal du 13 juillet 1843 (2) avait, quelques mois plus tôt, déjà achevé, irréfutablement, de consacrer la mutation de la drève d’Ostin, selon la volonté du collège des bourgmestre et échevins, reportant de facto et non suspecto la vicinalité sur la nouvelle voie carrossable.
Des haies-rideau de peupliers furent plantées de chaque côté de la nouvelle rue, dans l’esprit et la continuité des recommandations du jeune Etat de Belgique alors en recherche de réponses à apporter à la disette sévissant en Belgique et sur l’Europe entière d’ailleurs. Le baron Edouard Mertens s’investissait à cette époque dans l’amélioration des rendements agricoles en drainant ses terres et en plantant ces rideaux de peupliers, coupe-vent et véritables éponges des fonds humides. Des haies d’aubépines morcelant les champs venaient rythmer le paysage à la façon des bocages normands ou ceux du pays de Herve.
D’autres écritures allaient également entériner la privatisation de l’allée dont un plan d’arpentage qui est joint au dossier de Mutation et conservé aux archives du Cadastre de Namur (5). Sa vicinalité transférée, la drève d’Ostin fut donc désaffectée, sans réserve, et sans qu’une servitude, ni passive, ni inconnue, ne vînt grever le bien resté vierge de toute aliénation quelconque.
Cette transposition synallagmatique, irréfragable, est encore attestée par l’enregistrement au Cadastre de la mutation du chemin, de son assiette et de sa vicinalité attachée. En langage du droit, l’opération opposable au tiers, ne souffre aucune interprétation. Ce devoir administratif attesta et renforça, si besoin en était encore, le caractère définitif et complet de la privatisation, objet de l’acte relevant d’un arrêté royal visé par S.M. Léopold Ier.
L’Atlas des chemins vicinaux de Warisoulx, approuvé par la Députation permanente reprenait, déjà en 1845 et irréversiblement, la construction du nouveau chemin public appelé “chemin vicinal n°12 bis” (5). La nouvelle “Rue d’Ostin” menait alors calèches et autres usagers au village de Dhuy, comme le précédent, mais en passant cette fois par le lieu-dit “carrefour d’Ostin” à Dhuy, là ou se situe le premier arrêt de bus de la ligne n° 2, en venant de la gare de Namur vers Perwez. Cet arrêt est situé actuellement à environ 800 m du château d’Ostin.(6)
L’allée privatisée fut fermée au public pendant plus de 140 ans.
Son accès, occasionnel et sous conditions, fut accordé en 1984 aux promeneurs, cyclistes et aux cavaliers, ponctuellement, gratuitement et de façon la plus précaire qui soit. En effet, en cas de manquement à la bienséance, il est aussi accordé aux visiteurs indélicats le droit de se retirer, à la première injonction faite par le propriétaire des lieux, de ses ayant-droit et ayants cause (de son chargé de mission, au besoin du service de sécurité attaché à l’institution exploitante du site. La sécurité des jeunes personnes hébergées au château est liée à cette disposition, laquelle relève d’ailleurs de la libre disposition d’un bien propre. Les familles des stagiaires attendent légitimement que le C.R.E.E.F. l’organisateur des stages, leur assure la sécurité la plus élémentaire quant à tous points de vue, à l’occasion de l’hébergement de leurs enfants en stage à Ostin. Il n’est, par ailleurs, pas autorisé de prendre des vues des lieux (bâtisses, parc, jardin et occupants). Les promeneurs autorisés à se promener veilleront donc à ne pas stationner ni même s’arrêter devant les entrées du château de sorte à préserver autant la sécurité que la tranquillité des propriétaires et des locataires. Tant que durent les locations événementielles (séminaire, réunions, stages, concerts…) aucune autorisation n’est accordée aux promeneurs pendant la durée de la location ou de l’événement en cours, l’accès par l’allée étant alors strictement réservé aux clients qui l’ont louée. Les visiteurs circulent dans l’allée à leurs risques et périls. Les propriétaires autant que l’institution déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages aux personnes ou à leurs effets. Dans tous les cas, les visiteurs, même autorisés, s’obligeront en priorité à rouler à l’allure la plus modérée qu’il se peut : des enfants y roulent à vélo tout l’été, à toutes heures. Enfin, les visiteurs voudront bien encore céder le passage aux autres usagers légitimement prioritaires, à savoir les faisans, les buses qui s’en délectent, les rapaces nocturnes, oiseaux, chats et autres gibiers à poils ou à plumes, tels que chevreuils, oies et canards sauvages, de toutes espèces. Les sangliers bientôt… ? (cum grano salis). Les Vacanciers-Musiciens et leurs familles se signaleront très utilement en vue de ne pas être refoulés, sécurité de tous les instants nous y obligeant, avec vigilance.
Les GPS sont, en général, assez confus en cet endroit, confondant les deux rues éponymes situées à la limite séparative des deux communes. Ils se mélangent volontiers les antennes au moment de guider les visiteurs, renvoyant à Eghezée, ceux qui auraient dû rester à Villers-lez-Heest et vice versa. En cas de perdition dans la mer de betteraves des alentours de l’allée, les clients peuvent toujours lancer un S.O.S. au secrétariat de l’asbl gérante des lieux, à dessein d’être guidés et acheminés à bon port.
© Centre de Recherche, d’Etudes et de Formations & Hugues Boucher, 1er avril 2011. D’après les recherches et les notes de Sabine Schoonjans et de François Schoonjans.
(1) Le bonnier, ou bonier : unité de mesure de surface, anciennement utilisée dans les Flandres et les régions avoisinantes (bunder en Hollandais). Sa valeur de surface était variable selon les régions et les villes. Cette valeur se situait dans une fourchette de 0,8 à 1,25 ha.
(2) La décision par le Conseil Communal en séance du 7 mai 1843 visant à céder l’assiette d’un chemin en vue de sa privatisation supposait une procédure longue en 9 étapes, assez semblables à celles qui prévaudraient aujourd’hui :
Il fallut un plan coté (lequel fut établi le 7 avril 1843 par un géomètre-arpenteur juré (nom et signature illisibles) établi à Meux. Référence du relevé: 296699), un cahier des charges avec conditions de l’échange projeté, un procès-verbal d’expertise des biens immeubles, le procès-verbal de l’enquête commodo et incommodo, (dans ce cas-ci, aucun riverain ne fit ni opposition, ni quelconque revendication, ni la moindre remarque ), l’avis de la Députation permanente lequel avis favorable fut émis sans réserve dans ce cas-ci, un arrêté faisant loi signé par le ministre de l’Intérieur, ici, M. J.-B. Nothomb, dont le secrétaire M. Ch. Soudain de Niederwerth le contresigna aux côtés du greffier de la Province de Namur, M. de Coppin. Cet arrêté royal fut pris en vertu de l’art. 76 n°1 de la loi du 30 mars 1836 et de l’art. 28 de la loi du 10 avril 1841 concernant les chemins vicinaux. (Cet arrêté royal fut signé le 13 juillet 1843 à Ostende par S.M. le roi Léopold 1er), un acte notarié et enfin l’enregistrement de l’acte d’échange-vente au Cadastre de Namur.
(3) Archives de l’Etat. Fonds Notariat 6221(1843).
Echange entre la Commune de Warisoulx, d’une part et le baron Edouard Mertens d’autre part du chemin vicinal appelé Drève d’Ostin, partant du château d’Ostin, se dirigeant vers Saint-Denis (…). Le baron Mertens indemnisa la commune en numéraire pour “la plus-value” de l’allée (1 ha 38 ares, 32 centiares, 00 milliares contre 55 ares, 83 centiares, 60 milliares). Cette grande précision de surface fait augurer des limites précises, mesurées et bornées, au moins à tous ses angles, de l’allée cédée. La largeur de la Drève des 30 bonniers devait par la suite être portée à 31 m de moyenne. et sa superficie cadastrale, de facto, être portée à 1 ha 79 ares, 00 ca. Des bornes furent replacées aux angles en 1975 par le géomètre-expert d’Eghezée, Willy Masson, (P.V. de bornage du 31 octobre 1975) après qu’elles aient disparu fin 1974. Elle eurent à nouveau des jambes à leur cou en 1985.
(4) Archives du Cadastre de Namur. Croquis d’arpentage n°207 et dossier de Mutation n°223 (1844).
(5) La rue d’Ostin (Villers-lez-Heest) et son “chemin 12 bis” d’un km de long aboutit à une autre rue d’Ostin formant “T” à la limite séparative des deux communes actuelles de La Bruyère (Villers-lez-Heest) d’une part et Eghezée (Dhuy) d’autre part.
Le n° 3 de la rue d’Ostin, se trouvant sur le territoire de Villers-lez-Heest, est l’ancienne entrée de service du château où aboutissait l’ancienne voie publique désaffectée en 1843. Les poternes entourant la grille datent probablement de cette époque. Elles furent érigées à la distance de 1 000 m, depuis les monuments de l’entrée de la drève (stèle du souvenir de l’Armée Secrète Zone IV et monument des Aviateurs U.S., respectivement placés à droite et à gauche de l’allée, en y entrant).
(6) Ostin, en ces temps-là relevait de la commune de Warisoulx. En 1887, la commune de Villers-lez-Heest se détacha de celle de Warisoulx. A la fusion des communes de 1977, cette (nouvelle) commune de Villers-lez-Heest fut réunie à la nouvelle entité élargie dénommée La Bruyère, laquelle a regroupé Warisoulx, Emines, Rhisnes, Saint-Denis, Bovesse et Meux.





