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Lire en atelier d’écriture?

01/07/2011 Comments off

Est-ce vraiment une nécessité ?

On pourrait, à première vue, faire l’économie du temps qui y est dévolu, et, très utilement consacrer cette plage horaire gagnée à produire davantage de texte puisque c’est, là, la vocation de ces ateliers.

Et pourtant, en revoyant le déroulé de cette pratique de la lecture des textes écrits en séances d’atelier (toujours libre dans ceux que j’ai animés), on s’aperçoit qu’en début de stage d’une durée de 2 ou de 3 jours, la prise de parole se fait assez rare puis vient s’étoffer au fur et à mesure de l’avancement de la première journée. En seconde journée, tout le monde, moins l’un ou l’autre « muet », veut montrer sa trouvaille, faire entendre sa réponse à la consigne de la séquence, confronter son problème à celui du voisin, dire sa résolution du problème posé… Il convient dès lors de contenir les lectures et d’appeler à chacune des séquences deux voire trois volontaires-choisis-au-hasard et à tour de rôle afin de ménager le temps réservé à l’écrit et à la créativité. Car la plupart de ces écrits doivent être dits et « dits tout haut ». Apparaissent alors entre les mots et entre les lignes des subtilités accidentelles, involontaires, trahissant valeurs et significations insoupçonnées, comme un miroir renverrait, selon sa texture et son tain, non plus une réalité mais bien des images autres de cette réalité. Ce sont bien entendu ces « réalités traduites, voilées, détournées », qui nous retiennent avant tout, la copie servile de la nature n’intéressant déjà plus Baudelaire comme on le sait depuis le tournant de la moitié du XIXe siècle.

Donc de la lecture, mais point trop s’en faut et en revanche veiller surtout à rester dans la finalité annoncée, soit ici celle d’un atelier qui se propose d’apprendre… sans se répandre.

Un jour donc, dans une séquence consacrée à l’art de dresser le portrait des héros, on avait crû bon de faire portraiturer son voisin d’en face : « c’est pour estomper l’angoisse de la page blanche », avait-on prévenu, au besoin en ayant recours à un vieux stratagème de manipulation, celui de permettre de tremper sa plume dans l’encre vitriolée, et toujours bien sûr à dessein de désamorcer d’autres inhibitions. C’est le contraire qui arriva : personne n’avait décrit son héros malgré la répétition des tours de table par des paires d’yeux pourtant bien scrutateurs. Les regards furent coulés, obliques, anxieux, devinrent suspicieux. Surtout à l’égard de l’animateur… rien n’y fit, aucun regard de feu, l’encre se vitriola d’autant moins que le froid un peu glauque des visages restés fermés ressemblait de plus en plus à celui des profondeurs abyssales: nul regard salvateur ne venant réveiller les consciences. On se résolut donc au constat à la fois de l’anesthésie émotionnelle et du vide des indices factuels à distiller habituellement aux lecteurs en vue de les mettre à la croisée du chemin du meurtrier. La séquence sombra: pas de héros ce matin-là pour les nouvelles (policières) cependant prometteuses! On recommanda encore aux écriveurs de changer les prénoms des voisins-modèles, « garder ses amis en toutes circonstances », et reprendre la séquence en vue d’obtenir cet accent d’acidité attendu dans la description physique des héros lesquels ne partageaient toujours pas leurs potentialités meurtrières. Le soufflé n’avait pas gonflé, la surprise demeurait évanescente… le temps passa, on se réfugia dans l’épaisseur psychologique des caractères. On fit ensuite l’impasse sur le portrait sociétal du héros lequel resta, au final, dans les porte-plumes comme les meilleures idées, avortées, restent moisies dans les cartons! La question du portrait physique fut réaménagée, le lendemain, et remise sur le métier avec davantage de succès, en raccourcissant toutefois le temps dévolu au brainstorming destiné à trouver titres et intitulés des chapitres…

Soulignons encore pour conclure cette évocation que les meilleurs résultats, exprimés en terme de noircissement de papier, proviennent davantage d’une bonne préparation des conditions de travail par le facilitateur plutôt que de la stricte observance de consignes dont il me paraît plus profitable d’en polir la rigueur drastique en peaufinant des incipits, par exemple, à chaque séquence comme le signe d’un souci premier, celui de transmettre… sans soumettre.

Hugues BOUCHER. Ostin, juin 2011.

Ateliers de l’écrit annuels (2 ou 3 jours) : Ecriture futile, écriture utile & A la (bonne) page.